Face au hibou.














     Il y a quelque chose de commun entre le personnage de Jim Prideaux, espion devenu professeur dans le film "La taupe" (Tinker tailor soldier spy) et le père de famille dans "Tokyo sonata". Jim Priveaux rejette l'enfant qu'il avait pris, plus tôt, sous son aile, "ne viens plus me voir" "vas-t-en" lui dit-il. La perspective d'être pris comme exemple est une catastrophe. Perpétuer ce qu'il est, c'est perpétuer le mensonge et l'horreur dont il fait partit, auxquelles il a contribué. À son premier jour en tant qu'instituteur un hibou s'introduit dans la salle de classe par la cheminé allumée. Le pauvre animale en feu vole de long en large avant d'être froidement assommé par Jim Priveaux. Cette force de caractère, ce sang froid peuvent être donné comme exemple d'une maîtrise de soi et d'une rapidité à agir avec justesse, mais les expériences de vie qui ont constitué ces qualités sont amorales, il doit les cacher pour protéger l'enfant.
     Dans "Tokyo sonata", le père est autoritaire et il fonde son autorité sur son exemple: son statut, sa position sociale, sa réussite, son argent, etc... Mais quand il perd son emploi, tout s'effondre, pour conserver sont autorité il doit mentir, faire semblant d'être toujours employé. Son autorité est fondé sur un mensonge parce que la réalité à laquelle il a pour charge de préparer ses enfants s'est retournée contre lui. Ses enfants et lui-même sont alors mis au même niveau par le contexte.

     Le point commun de ces deux personnages est l'impossibilité de l'autorité, celle de l'instituteur comme celle du père. Dans le contexte d'un monde subit où être à la tête de sa vie est impossible sinon sous la forme d'une mise en scène factice de l'autonomie, l'autorité ne peut exister sinon sous la forme d'un mensonge.


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