Frayer des voix.

     Les tons sur lesquels nous lisons, que nous formalisons dans notre tête pendant la lecture; tons enjoués, enthousiastes ou tristes et monotones, tons angoissés ou graves, déclamations militantes, tons monocordes qui veulent croire en leurs neutralité, etc... Ce sont les caractéristiques du texte que l'on lit qui indiquent quel ton prendre, mais l'humeur du lecteur peut le disposer à infléchir ces prescriptions, à les contre-dire ou à les compléter.
     Tout se joue entre le calme plat de la page du livre, le texte qui y est déposé et la disposition d'esprit du lecteur à répondre à ces prescriptions ou à y résister. C'est un rapport de force qui voit d'un côté l'inanimé et le silencieux engendrer de l'autre une lutte mouvementée, la réponse du vivant au labyrinthe. Et quand la résultante de ce conflit se manifeste, une multitude de bruits, de sons se font entendre, tous ne ruminent pas au même rythme, certains crient, d'autres suivent la partition avec application, il est parfois possible aussi d'improviser ou d'interpréter.
     Prenons donc un objet livre et un sujet lecteur, que de la confrontation entre cette objet et ce sujet naisse une forme, admettons que cette forme soit sonore, alors potentiellement il y a autant de ces formes, de ces voix qu'il y a d'individus. Il y en a d'autant plus si l'on y conjugue les opinions de ceux-ci, leurs intérêts, leurs humeurs, leurs sensibilité et leur disposition à créer. La librairie, lieux qui rend possible la vie de ces voix intérieurs, pourrait être le temps d'une exposition un espace pour leur diffusion sonore.
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