La sphère.

"Chaque homme à besoin d'une sphère légitime de répression où il lui soit loisible de mépriser, de dédaigner, et d'exalter son orgueil par-delà les mer. Le choix de cette sphère - il a lieu très tôt généralement - est très probablement l'évènement majeur de l'existence. Un éducateur, ici, peut réellement servir à quelque chose : il doit attendre longtemps, faire preuve d'une sympathie prudente et, lorsqu'il a trouvé ce qui est bon, délimiter vigoureusement cette sphère. Ce qui importe justement, ce sont ces limites. Il faut qu'elles soient puissantes et en mesure de résister à toute attaque, car elles doivent protéger tout le reste de la personnalité des convoitises rapaces de l'orgueil. Il ne suffit pas qu'un tel se dise : Je suis un grand peintre", il faut qu'il ressente qu'en dehors de cela il est très peu de chose et bien moins que beaucoup d'autres. La sphère de l'orgueil lui-même doit être spacieuse et aérée. Ses sujets ont intérêt à vivre à distance les uns des autres, largement répartis à l'extérieur. Ce n'est qu'en de rares et particulières occasions qu'on leur laisse sentir qu'ils sont des sujets. Ce qui compte uniquement, c'est que chacun porte en soi la boule de verre et en protège l'air raréfié. On respire bien dans la sphère, paisiblement aussi, puisque l'air est pur et qu'on y est seul. Il n'y a que les fripons et les déments pour désirer qu'elle s'accroisse jusqu'à devenir une prison pour tous. Le sage la surveille, afin qu'il puisse toujours la prendre en main ; et s'il lui permet, pour s'amuser, de se dilater et de grandir un peu, il n'oublie jamais qu'elle doit se rapetisser à nouveau et se retrouver dans sa main avant qu'il ne s'en détourne pour s'occuper de choses plus ordinaires." Elias Canetti

Là où l'excellence dissout l'exigence et le dépassement de soi.

     Toutes les connaissances que l'on peut acquérir, toutes ces choses intermédiaires qu'il nous faut traverser pour parfaire notre expérience sensible et pour approfondir notre vie intérieure sont complètement stérilisées et neutralisées par le besoin de reconnaissance de notre place et de la lutte pour le maintient de celle-ci.

Une réflexion stratégique.

Nous sommes septique à propos des artistes qui répètent de petits coups ponctuels et fréquent dont on a des difficultés à discerner la stratégie d'ensemble. Sur un jeu d'échec, on se dit qu'ils perdraient la partie, sur un champ de bataille, ils y perdraient leur vie et celle de leur soldat.

Trouver des critères d'évaluation de soi. De la misère de l'excellence à la richesse du dépassement de soi dans la multiplication des possibles.

Comment trouver des critères d'évaluation de soi qui ne soit pas un calque de la médiocre petite comptabilité de l'apothicaire, du manager et autre coach ou de l'illusoire recherche de bonheur des gens ordinaires. Notion que nous devrions tous rejeter avec celle d'excellence, son jumeaux "élitiste". En effet la dite excellence est un handicape qui consiste en l'incapacité de se juger sans se comparer au premier de la classe, qui lui-même n' a aucune espèce d'existence sans la béquille des systèmes d'évaluations et plus tard du salaire qui lui donne un bien pauvre équivalent d'une vie intérieur. 

Quel type de progrès, d'évolution peut-on exiger de soi.
On peut se dépasser dans des domaines biens spécifiques (mathématique, langue, sport, emploi et autre concours) mais cela est-il satisfaisant?

La sensibilité ne s'évalue pas, ne se compte pas. Il y a bien pourtant des sensibilités meilleurs que d'autres et il est important de développer cette caractéristique. C'est aussi une aptitude qui ne se capitalise pas, elle s'entretient ou elle s'atrophie, elle se maintient en forme comme le physique ou la santé.

L'engagement est, comme la sensibilité, quelque chose qui s'entretient, et la manière de le maintenir est la ré-actualisation de ses raisons d'être au regard des réalités présentes. La négligence du soin de ses engagements mène à l'amertume, l'aigreur de celui qui n'a attendu de l'avenir que ce qu'il ne pouvait provoquer. Un modèle rigide situé dans sa tête, de moins en moins apte à en sortir, qui fini par perdre réalité et disparaître. La constance, au contraire, est une qualité qui est au travail dans le changement...
Et pourquoi chacun d'entre nous ne pourrions-nous pas nous aussi faire joue-joue aux historiens d'art en y allant de notre petite description et interprétation?

Mais pourquoi les gens ordinaires n'aiment pas l'art contemporain?

     Quand j'étais jeune, peut-être entre 13 ou 14 ans, j'ai lu des passages de "Ainsi parlait Zarasthoustra" et je ne comprenais pas grand chose, sinon rien. Mais je trouvais cela très beau et énigmatique, alors cela me donnait envie d'en savoir plus et je continuais ma lecture. Plus tard, quand mes aptitudes au dessin me poussèrent à envisager des études d'art et que le besoin de connaitre l'histoire de l'art s'est présenté, j'ai ressentis le même type de sentiment face aux photographies de statuts dans le chapitre des Cyclades grecs et face aux photographies de peintures constructivistes au chapitre consacré  à l'art moderne. L'intuition selon laquelle quelque chose d'important se cache, qu'il y a une énigme, un problème à démêler a très souvent été présent quand j'étais curieux de quelque chose. Pour que le désir de résoudre l'énigme soit puissant, il doit peut-être y avoir une sorte d'opération de séduction très particulière où les charmes émanent de ce qui n'est pas montré. Fréquemment, cette objet de désir est inexistant mais ça n'a pas beaucoup d'importance, ce qui est important c'est la puissance d'attraction et la durabilité de l'effet de séduction. Mais pour que cela fonctionne il faut être mis face à de puissantes énigmes à un âge où l'on est disposé à les reconnaitre comme telles. En d'autre termes, à un moment de notre vie où l'amertume et la lassitude ne nous a pas encore fait perdre notre aptitude à recevoir et atrophié nos capacités de sentir.

Exigence.

Je veux aller au travail pour le travail, pas pour l'argent.
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