"L'homme réel, qui n'a pas abdiqué au point de devenir une simple figure dans un fonctionnement mécanisé, s'oppose à la dissolution dans l'espace et le temps. Il est là sans doute dans cet espace mais, sans s'identifier ou s'abîmer en lui, il se déploie par-delà les latitudes et les longitudes jusque dans une infinité supraspaciale qui ne souffre aucune confusion avec l'illimité de l'espace astronomique. Il ne se laisse pas davantage enfermer dans le temps vécu comme déroulement ou mesuré avec la montre ; il est bien plutôt voué à l'éternité, qui est autre chose que le temps indéfiniment prolongé. S'il vit aussi dans l'ici-bas, qui appartient pour lui - et dans lequel il appartient lui-même - au phénoménal, il ne vit pas seulement dans cet ici-bas dont quiconque a déjà eu l'expérience de la mort sait combien il est conditionné et inachevé. Comment ce qui s'écoule ainsi dans l'espace et le temps pourrait-il avoir autrement part à la réalité qu'à travers la relation de l'homme à l'inconditionné au-delà de l'espace et en dehors du temps? En tant qu'existant, cet homme réel est à proprement parler citoyen de deux mondes ou, plutôt, il existe entre les deux - impliqué dans la vie spatio-temporelle sans lui être soumis, il s'oriente vers l'au-delà, dans lequel tout "ici" trouverait sa signification et sa conclusion. La nécessité pour l'ici d'avoir recours à un tel complément se manifeste dans l'oeuvre d'art. En façonnant le phénoménal, l'art lui ajoute une forme qui le laisse marqué d'une signification extérieure à lui, il le relie à un sens qui surplombe l'espace et le temps et élève l'éphémère au rang de création. L'homme véritable se comporte de manière réelle vis-à-vis de ce sens qui, dans l'oeuvre d'art, se lie à l'étant pour former une unité esthétique. Pris dans l'ici et en manque d'au-delà, il mène, au sens exact du terme, une double existence : celle-ci ne se laisse pas partager en deux positions à occuper successivement, mais au contraire, dans la mesure où elle est participation de l'humain à ces deux empires sous la pression d'une tension intérieure, elle défie toute séparation par l'analyse. Il éprouve le tragique parce qu'il aspire à réaliser ici l'inconditionnel, il connaît la réconciliation parce que l'image de l'accomplissement se présente à lui. Il est constamment à la fois dans l'espace et au seuil de l'infini supraspacial, dans le flux du temps et dans le reflet de l'éternité - et cette dualité de son existence est une unité, car son être est justement la tension entre ici et là-bas. Qu'il voyage, qu'il danse, jamais voyage et danse ne sont pour lui des événements qui porteraient leur sens en eux-mêmes. Contenu et forme leur viennent, comme à tout ce qu'il accomplit, de cet autre royaume vers lequel il se tourne."
Siegfried Kracauer - L'ornement de la masse - chapitre sur le voyage et la dance.
photo - Martha Rosler
La place juste.
"Chacun sera placé dans le poste qu'il est le mieux apte à occuper en fonction de ses capacités, de ses connaissances, de ses qualités psychiques et physiques, bref en fonction des caractéristiques particulières de sa personnalité tout entière. La bonne personne à la bonne place ! " Ces formules sont empruntées à une circulaire administrative de la société en commandite O. à la fin de l'année 1927, et visent à préparer le personnel salarié aux tests d'aptitude concoctés à leur intention. La personnalité tout entière, la bonne personne et la bonne place : ces termes empruntés au registre d'une philosophie idéaliste surannée pourraient faire croire que ces tests, entre-temps mis en oeuvre, avaient pour but une véritable sélection des personnes. Mais ni dans l'entreprise O., ni dans aucune autre, la plupart des employés n'accomplissent de tâches qui requièrent une personnalité, ni même les caractéristique particulières d'une personnalité, encore moins "la bonne personne"! Les postes ne sont justement pas des professions qui correspondraient à des prétendues personnalités, ce sont des postes qui dans l'entreprise sont définis en fonction des exigences du processus de production et de distribution. Ce n'est que dans les strates supérieures de la hiérarchie sociale qu'apparaît la véritable personnalité, laquelle n'est certainement plus exposée à la pression des tests. Les tests d'aptitude peuvent tout au plus montrer si les employer sont plus particulièrement indiqués pour certains postes. Standardiste ou sténotypiste, telle est la question. Une indication qui n'est pas sans importance, car elle prouve que les tests subis dans l'entreprise servent davantage les intérêts de cette dernière que ceux de "la bonne personne". C'est ce que laisse entendre la circulaire administrative dans un passage qui subordonne tout changement de poste aux résultats des testes : "Une augmentation ou diminution de salaire n'intervient que si l'employé concerné est déplacé sur un poste d'un rang plus ou moins élevé." Sans doute l'épanouissement de la personnalité ne compte-t-il plus guère pour la suite."
Siegfried Kracauer - les employés 1929
Siegfried Kracauer - les employés 1929
Préoccupations.
La vie intérieur
le sujet
la multiplication des possibles
le rôle du travail, le travail comme construction de soi
la constance
rapport de l'individu à la masse
rapport du sujet à l'absolu
esthétique de vie
le rôle de la bibliothèque et des savoirs
la quête du savoir
le rôle de l'altérité dans la construction du sujet
le sujet
la multiplication des possibles
le rôle du travail, le travail comme construction de soi
la constance
rapport de l'individu à la masse
rapport du sujet à l'absolu
esthétique de vie
le rôle de la bibliothèque et des savoirs
la quête du savoir
le rôle de l'altérité dans la construction du sujet
Le progrès...
"Cet individu autonome est bien plutôt le support du vieux système libéral que celui d'une autarcie, et qu'il puisse encore, au sein d'une conception absolument antilibérale, conquérir pour lui-même la place d'honneur, cela témoigne seulement de la force des représentations libérales héritées. Comme l'exemple de la Russie le montre de façon drastique, il est en réalité nécessaire de supprimer l'autonomie de l'individu pour "intégrer" les humains "à l'intérieur" de l'État souverain. Et, bien que l'Union soviétique soit accusée de libéralisme par les gens de la Tat, elle en sait bien plus long qu'eux sur le fait que la construction d'une économie nationale étatique ne tolère pas celle d'une "culture de la personnalité"."Siegfried Kracauer - L'ornement de la masse.
Le libéralisme façon 21eme siècle a, lui, réussi a se débarrasser de l'encombrant culte de la personnalité, a réussit mettre en oeuvre la mobilisation totale... du monde, et cela, tout en restant libéralisme.
"Le traitement mensuel, le travail qu'on appelle intellectuel, et quelques autres caractéristiques mineures du même genre, voilà ce qui garantit à une grande partie de la population qu'elle mène une existence bourgeoise, alors qu'en réalité elle n'a plus rien de bourgeois. Cela correspond bien au phénomène relevé par Marx, selon lequel la superstructure ne s'ajuste que très lentement à l'évolution de l'infrastructure imposée par les forces productives. La position de ces couches sociales dans le système économique a changé, mais elles ont gardé une conception de la vie qui est celle des classe moyennes. Elles nourrissent une fausse conscience. Elles restent attachées à des différences qui ne font que jeter la confusion sur leur situation ; elles professent un individualisme qui n'aurait effectivement un sens que si elles étaient encore constituées d'individus capables de décider de leur destin. Même lorsqu'elles luttent en tant que salariés au sein des syndicats et à leurs côtés pour améliorer leur condition, leur être réel est largement déterminé par la situation meilleure qu'elles ont connue auparavant. Elles sont hantées par un mode de vie bourgeois qui a disparu. Peut-être contient-il des forces qui exigent à bon droit de survivre. Mais elles ne survivent aujourd'hui que dans un état d'inertie, sans entrer dans un rapport dialectique avec l'état de choses actuel, et elles minent ainsi elle-mêmes la légitimité de leur propre maintien." Siegfried Kracauer - les employés 1929
La fabrique du sujet par le travail.
En laissant filer mes pensées, puis
en les retenant, en les sélectionnant, je m'apperçoit qu'il m'est
possible d'extraire spontanément un file directeur à mes lecture de
l'année scolaire qui vient de s'écouler (2012-2013). Certaine des
lectures encore seyantes dans ma mémoire ont un point en commun. Que
ce soit la discipline quotidienne du Chrétien (Le corps pensant, Les
exercices spirituels), le comportement de l'individu libertarien (La
grève) ou la figure du travailleur dans un contexte totalitaire (Le
travailleur de Ernst Junger), il n'est question que de systèmes avec
lesquels je ne suis pas d'accord et qui dessine en négatif un centre
d'intérêt. Qu'est ce que le sujet ? Qu'est ce que le travail ?
Comment le sujet fabrique-t-il à travers le travail ? Comment
paramettrer au mieux la définition de travail pour obtenir comme
résultat une formulation optimale qualitativement parlant du sujet ?
Ce qui vient confirmer cette approche,
c'est mon intérêt grandissant pour Richard Sennett qui traite de
questions très proches de celles-ci.
Cette occident qui est passé de « tendre l'autre joue » à la « provocation comme stratégie de management »
Quel
étrange logique, quel mystèrieuses intentions refoulées de l'ordre
du monde, quel genre de ruse de la raison a bien pu faire passer
l'occident de la maxime « tend l'autre joue » à la
« provocation comme stratégie de management ». La
première est une éthique individuel, un militantisme par l'exemple.
Si chacun se met dans la disposition de tendre l'autre joue, alors la
société est passifiée. Dans la seconde modalité de comportement,
il s'agirat au contraire de brusquer, d'agresser, de brutaliser et
d'humilier et ce dans un seul but, distinguer ceux qui veulent rester
de ceux qui n'en sont pas capable, c'est à dire ceux pour qui la
soumission a des limites. Si chacun adopte cette atitude, tout le
monde vas se On peut gloser longtemps sur le contexte qui a engendré
la nécessité de ce type d'éthique, les approuveurs polivalents
célèbrerons
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