Face au hibou.














     Il y a quelque chose de commun entre le personnage de Jim Prideaux, espion devenu professeur dans le film "La taupe" (Tinker tailor soldier spy) et le père de famille dans "Tokyo sonata". Jim Priveaux rejette l'enfant qu'il avait pris, plus tôt, sous son aile, "ne viens plus me voir" "vas-t-en" lui dit-il. La perspective d'être pris comme exemple est une catastrophe. Perpétuer ce qu'il est, c'est perpétuer le mensonge et l'horreur dont il fait partit, auxquelles il a contribué. À son premier jour en tant qu'instituteur un hibou s'introduit dans la salle de classe par la cheminé allumée. Le pauvre animale en feu vole de long en large avant d'être froidement assommé par Jim Priveaux. Cette force de caractère, ce sang froid peuvent être donné comme exemple d'une maîtrise de soi et d'une rapidité à agir avec justesse, mais les expériences de vie qui ont constitué ces qualités sont amorales, il doit les cacher pour protéger l'enfant.
     Dans "Tokyo sonata", le père est autoritaire et il fonde son autorité sur son exemple: son statut, sa position sociale, sa réussite, son argent, etc... Mais quand il perd son emploi, tout s'effondre, pour conserver sont autorité il doit mentir, faire semblant d'être toujours employé. Son autorité est fondé sur un mensonge parce que la réalité à laquelle il a pour charge de préparer ses enfants s'est retournée contre lui. Ses enfants et lui-même sont alors mis au même niveau par le contexte.

     Le point commun de ces deux personnages est l'impossibilité de l'autorité, celle de l'instituteur comme celle du père. Dans le contexte d'un monde subit où être à la tête de sa vie est impossible sinon sous la forme d'une mise en scène factice de l'autonomie, l'autorité ne peut exister sinon sous la forme d'un mensonge.


Les objets trahis.

Avertissement à ceux qui n'ont pas encore vu le film: la réflection qui suit à propos du film "La taupe" de Tomas Alfredson (TINKER TAILOR SOLDIER SPY) révèle des éléments importants de la fin du film.






     Quand Gary Oldman, jouant Smiley, regarde cette peinture constructiviste au début du film, il ne contemple pas une image, c'est un souvenir du moment où sa femme l'a trompé. La peinture a été apporté par son amant comme prétexte à sa présence dans la maison. "Je suis passé pour vous apporter ça."
     Dans son rituel quotidien, Smiley regarde cette peinture avant d'aller travailler. Signe d'un amour trompé et outil d'un mensonge, elle est l'opposé symétrique du briquet gardé à l'ouest par Karla, espion russe en cette période de guerre froide. C'est au cours d'une rencontre entre Karla et Smiley qu'il lui subtilisa le briquet sur lequel était gravé, en une phrase, l'amour de Smiley pour sa femme.
     C'est la possession de ce briquet et de l'information qui l'accompagne qui amènerons Karla à orchestrer l'adultère, ce qui changeras le sens de cette peinture aux yeux de Smiley. La fonction stratégique de cette adultère devait permettre de brouiller sa faculté de jugement, de l'empêcher de voir qui était l'agent double au sein des services secrets Britanniques (c'est à dire l'ami de Smiley qui est aussi l'amant de sa femme). De la même manière cela l'empêchait de regarder cette peinture et son contenu.

     Ici plusieurs de choses sont à démêler. Une peinture devient à la fois visible et occulté pour un personnage. Ces yeux lui permettent de la voir, mais un mensonge qu'il à découvert l'empêche de la regarder. La vérité qu'il a découvert sous ce mensonge est elle aussi un mensonge puisque c'est une stratégie mis en oeuvre dans un contexte de guerre. Ce n'est pas l'amour qui a été trahis, c'est l'Ouest au profit de l'Est. Et cela, Smiley ne l'as pas vue parce que le premier mensonge est là pour cacher l'identité de la Taupe. Nous avons donc une peinture qui n'est plus qu'un souvenir d'un double mensonge.
     Le briquet, lui, n'est qu'un objet de consommation. Il donne du feu mais il a aussi une image qui est sa propre publicité. Et comme toute publicité, cette image est une promesse trahis. Sur cet objet a été gravé une phrase "From Ann to George", il passe alors du statut de mensonge ordinaire à celui d'une preuve d'amour et d'un souvenir de celui-ci.

     Le contenu révolutionnaire de la peinture ne peut plus être regardé, seul est vue un souvenir de l'amour trahis. Le souvenir de l'amour encore actif, sur le briquet, est entre les mains de celui qui a provoqué sa fin. Smiley, agent Britannique au service de l'occident n'a que faire du traitement des masses et de l'organisation composé d'une peinture constructiviste. Se qui le travail c'est l'échec de la possibilité de l'âme soeur, de 2 individus qui se donnent l'un à l'autre pour former un seul et même corps. Karla n'a que faire de l'amour et des individus, ils ne sont que des moyens qui servent une cause, se qui le travail c'est le doute: la cause est-elle si parfaite?
     Chacun détient l'objet de l'autre et ils y ont projetés leur choix trahissant ce que sont ces objets en soi. Et qu'étaient ces objets en soi sinon déjà des trahisons. Le statut d'objet de consommation du briquet trahis par un engagement, la peinture devenue prétexte à un mensonge elle aussi trahis, elle était geste et sens, elle devient objet réifié.

     À la fin du film, la Taupe découverte indique que ce qui l'a guidé à été un choix "morale et esthétique". Smiley, Karla et les personnages de ce film ont pour moteur ce type de choix. Ce qui met en mouvement Smiley , un amour perdue réifié en une peinture. Ce qui met en mouvement Karla, l'idéologie, réifié dans son dogmatisme fanatique. C'est le caractère morale et esthétique de ces choix qui est réifié et dont il ne reste moins qu'un souvenir dans des objets qui restent et qui continuent à mettre en mouvement les hommes. Leurs buts, leurs désirs, leurs motivations est derrière eux, c'est ce qui leur permet de courir après sans fins.

Le contrôle de son image.

      Nous voyons à l'écran un adolescent dans son lit. Il tend la main vers nous et contrôle le point de vue d'où nous le voyons. Le film se présente sous la forme du "found footage", littéralement "film trouvé", désormais genre cinématographique qui intègre la (ou les) caméra(s) à la fiction. Ici, les cameraman sont les personnages. Le prétexte pour qu'ils filment est d'autant plus facile à trouver qu'aujourd'hui ces appareils sont omniprésent, miniaturisé et que les pratique de récit de soi se sont rependus avec les réseaux sociaux.

      Le début de l'histoire nous apprend que trois adolescents ont acquis des pouvoirs télékinésique. L'adolescent le plus faible se laisse fasciné par son pouvoir et finiras par en mourir. C'est ce personnage, le cameraman principale du film. À mesure que son pouvoir télékinésique augmente il peut manié la caméra sans la tenir à la main, on le voit donc de plus en plus à l'écran. Sa fascination dans ce pouvoir dans sa dimension de contrôle sur son image se révèle particulièrement quand, le soir, avant de s'endormir il fait flotter la caméra autour de lui pour se filmer. Il tend alors la main vers l'objectif, le spectateur, et contrôle ainsi le point de vu d'où nous le voyons. Ce plan lie le pouvoir physique sur les choses, le pouvoir sur les image et la fascination pour ce pouvoir visible sur les traits du jeune homme. Ce plan et ce qu'il nous dit de la subjectivité d'un adolescent d'aujourd'hui et de son rapport au nouvelles technologie est intéressant. Le reste du film est plus anecdotique.






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