Une réflexion stratégique.

Nous sommes septique à propos des artistes qui répètent de petits coups ponctuels et fréquent dont on a des difficultés à discerner la stratégie d'ensemble. Sur un jeu d'échec, on se dit qu'ils perdraient la partie, sur un champ de bataille, ils y perdraient leur vie et celle de leur soldat.

Trouver des critères d'évaluation de soi. De la misère de l'excellence à la richesse du dépassement de soi dans la multiplication des possibles.

Comment trouver des critères d'évaluation de soi qui ne soit pas un calque de la médiocre petite comptabilité de l'apothicaire, du manager et autre coach ou de l'illusoire recherche de bonheur des gens ordinaires. Notion que nous devrions tous rejeter avec celle d'excellence, son jumeaux "élitiste". En effet la dite excellence est un handicape qui consiste en l'incapacité de se juger sans se comparer au premier de la classe, qui lui-même n' a aucune espèce d'existence sans la béquille des systèmes d'évaluations et plus tard du salaire qui lui donne un bien pauvre équivalent d'une vie intérieur. 

Quel type de progrès, d'évolution peut-on exiger de soi.
On peut se dépasser dans des domaines biens spécifiques (mathématique, langue, sport, emploi et autre concours) mais cela est-il satisfaisant?

La sensibilité ne s'évalue pas, ne se compte pas. Il y a bien pourtant des sensibilités meilleurs que d'autres et il est important de développer cette caractéristique. C'est aussi une aptitude qui ne se capitalise pas, elle s'entretient ou elle s'atrophie, elle se maintient en forme comme le physique ou la santé.

L'engagement est, comme la sensibilité, quelque chose qui s'entretient, et la manière de le maintenir est la ré-actualisation de ses raisons d'être au regard des réalités présentes. La négligence du soin de ses engagements mène à l'amertume, l'aigreur de celui qui n'a attendu de l'avenir que ce qu'il ne pouvait provoquer. Un modèle rigide situé dans sa tête, de moins en moins apte à en sortir, qui fini par perdre réalité et disparaître. La constance, au contraire, est une qualité qui est au travail dans le changement...
Et pourquoi chacun d'entre nous ne pourrions-nous pas nous aussi faire joue-joue aux historiens d'art en y allant de notre petite description et interprétation?

Mais pourquoi les gens ordinaires n'aiment pas l'art contemporain?

     Quand j'étais jeune, peut-être entre 13 ou 14 ans, j'ai lu des passages de "Ainsi parlait Zarasthoustra" et je ne comprenais pas grand chose, sinon rien. Mais je trouvais cela très beau et énigmatique, alors cela me donnait envie d'en savoir plus et je continuais ma lecture. Plus tard, quand mes aptitudes au dessin me poussèrent à envisager des études d'art et que le besoin de connaitre l'histoire de l'art s'est présenté, j'ai ressentis le même type de sentiment face aux photographies de statuts dans le chapitre des Cyclades grecs et face aux photographies de peintures constructivistes au chapitre consacré  à l'art moderne. L'intuition selon laquelle quelque chose d'important se cache, qu'il y a une énigme, un problème à démêler a très souvent été présent quand j'étais curieux de quelque chose. Pour que le désir de résoudre l'énigme soit puissant, il doit peut-être y avoir une sorte d'opération de séduction très particulière où les charmes émanent de ce qui n'est pas montré. Fréquemment, cette objet de désir est inexistant mais ça n'a pas beaucoup d'importance, ce qui est important c'est la puissance d'attraction et la durabilité de l'effet de séduction. Mais pour que cela fonctionne il faut être mis face à de puissantes énigmes à un âge où l'on est disposé à les reconnaitre comme telles. En d'autre termes, à un moment de notre vie où l'amertume et la lassitude ne nous a pas encore fait perdre notre aptitude à recevoir et atrophié nos capacités de sentir.

Exigence.

Je veux aller au travail pour le travail, pas pour l'argent.

Le monde des premiers de la classe.

"L'esprit de cet homme - pour rester dans les mathématiques - ne regarde plus "deux-et-deux-font-quatre" comme une équation dans laquelle deux parties s'équilibrent dans une évidente harmonie : il voit dans cette équation l'expression d'un processus dans lequel deux et deux deviennent quatre afin d'engendrer d'autres processus d'addition qui iront éventuellement à l'infini. C'est cette faculté qui passe aujourd'hui pour raisonnement de sens commun; c'est l'esprit qui joue tout seul, et c'est ce qui arrive quand l'esprit est coupé du réel et qu'il ne "sent" que soit-même. Les résultats de ce jeu sont des "vérités" impérieuses parce qu'on suppose que la différence de structure entre l'esprit d'un homme et celui d'un autre n'est pas plus considérable que la différence de leurs corps. Ce sera tout au plus une différence de puissance mentale, que l'on peut jauger et mesurer comme la puissance d'un moteur." Arendt - Condition de l'homme moderne.


Voilà donc la machine d'affadissement du monde, chaque subjectivité, chaque esprit fonctionne de la même manière. À l'intérieur, tout le monde est pareil, c'est bien ça? À non! Il y en a qui ont la même chose mais en plus rapide, en plus efficace. Que le monde des premiers de la classe est pauvre...
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