"Beaucoup d'artistes passent leur vie à s'inquiéter de savoir si leur travail est important. Ils s'impliquent beaucoup trop dans ce qui les entoure. Le plus important, c'est de croire en ce que l'on est en train de faire, même si c'est absurde. L'esprit rationnel de la plupart des gens les empêche de faire ce en quoi ils devraient avoir une foi aveugle"
Ed Ruscha
Dans plusieurs de ses entretiens, Ed Ruscha affirme que les gens (les artistes) devrait avoir une foi aveugle en ce qu'ils font. Il y a là un déplacement par rapport à la notion plus habituel de "confiance en soi". Cette dernière pose l'objectif tout en le sacrifiant dans la manière de le formuler. La confiance est quelque chose de rationnel, c'est un moyen par lequel on peut déléguer une tâche, confier ces enfant, prêter de l'argent. C'est un calcul, on ne donne jamais que pour pouvoir retrouver. Certain donne pour permettre aux choses de se faire, pour multiplier les possibles, d'autre sont simplement mercantiles. Et ce calcul rationnel, cette spéculation, il faut se la faire subir à soi aussi. Dans la mini entreprise qu'il constitue, le soi est son premier employé. Voilà se que peu signifié "être son propre patron". Ainsi, dans cette relation de soi à soi, dés lors que l'on s'accorde cette bienveillance on met en place les conditions de sa propre aliénation.
"Ai une foi aveugle en ce que tu fait même si cela te semble absurde ou indigne d'intérêt". Voilà une injonction qui pourrait permettre un affranchissement de soi et de la raison qui instrumentalise ce soi. Parler de foi aveugle est redondant. La notion de foi recèle cette cécité volontaire, "croire sans voire". Donner et aimer sans calculer, sans attendre un retour. La foi demande de se défaire de soi, d'être désintéressé, et dans cette recherche de dénuement il s'agit d'aménager un vide pour accueillir... Mais là où l'ancêtre de la confiance demande de la place pour le grand autre, Ed Ruscha laisse Dieu où il est, et parle de devoir de foi envers se que l'on fait. Il n'est plus question de ce soi qui nous préexisterait ou nous serais concomitant. Nous laisserions ce tortionnaire, ce bourreau qui a remplacé Dieu pour consacrer notre foi à se que nous faisons et bien sur nous faisons ce en quoi nous avons foi.