"Le traitement mensuel, le travail qu'on appelle intellectuel, et quelques autres caractéristiques mineures du même genre, voilà ce qui garantit à une grande partie de la population qu'elle mène une existence bourgeoise, alors qu'en réalité elle n'a plus rien de bourgeois. Cela correspond bien au phénomène relevé par Marx, selon lequel la superstructure ne s'ajuste que très lentement à l'évolution de l'infrastructure imposée par les forces productives. La position de ces couches sociales dans le système économique a changé, mais elles ont gardé une conception de la vie qui est celle des classe moyennes. Elles nourrissent une fausse conscience. Elles restent attachées à des différences qui ne font que jeter la confusion sur leur situation ; elles professent un individualisme qui n'aurait effectivement un sens que si elles étaient encore constituées d'individus capables de décider de leur destin. Même lorsqu'elles luttent en tant que salariés au sein des syndicats et à leurs côtés pour améliorer leur condition, leur être réel est largement déterminé par la situation meilleure qu'elles ont connue auparavant. Elles sont hantées par un mode de vie bourgeois qui a disparu. Peut-être contient-il des forces qui exigent à bon droit de survivre. Mais elles ne survivent aujourd'hui que dans un état d'inertie, sans entrer dans un rapport dialectique avec l'état de choses actuel, et elles minent ainsi elle-mêmes la légitimité de leur propre maintien." Siegfried Kracauer - les employés 1929
